L'aluminium dans les vaccins

Les sels d’aluminium sont utilisés dans les vaccins en tant qu’adjuvants, c’est-à-dire qu’ils aident à stimuler la réponse immunitaire de l’organisme en provoquant des inflammations dans les muscles où ils ont été injectés (car les antigènes affaiblis du vaccin sont parfois trop faibles pour le faire). Cela permet notamment d’injecter des doses plus faibles d’antigènes ou d’avoir moins de rappels. Les sels d'aluminium permettent aussi de réduire certains effets secondaires à court terme des vaccins en ralentissant le passage des antigènes du muscle, dans lequel le vaccin a été injecté, jusqu’au circuit sanguin1,2. L’aluminium est connu pour être neurotoxique à partir d’une certaine dose. Concernant la dangerosité de la quantité présente dans les vaccins, je reprends ici en grande partie des éléments des revues de littérature scientifique les plus récentes, sans conflits d’intérêts déclarés, que j’ai pu trouver et qui permettent d’y voir un peu plus clair3,4.

La diffusion de l’aluminium dans l’organisme

Il est important de noter ici que l’aluminium est le métal le plus abondant de la croûte terrestre et est devenu particulièrement présent dans notre environnement proche depuis la révolution industrielle. On en trouve dans notre eau, dans nos aliments, dans les crèmes solaires, dans les anti-transpirants, dans certains médicaments et même dans l’air qu’on respire5. Cela signifie que dès la naissance, le nouveau-né possède déjà de l’aluminium dans son corps (environ 0,4 mg d’après l’estimation la plus récente1) et cela augmente très vite. À six mois, un bébé aura déjà consommé 10 mg d’aluminium s’il a été allaité, 40 mg s’il a été nourri au biberon et 120 mg s’il a été nourri avec du lait à base de soja. Avec l’introduction de nouveaux aliments, ces taux continuent d’augmenter1,3. Heureusement, la plus grosse partie de l’aluminium ingéré est généralement évacuée dans les urines6. Ce qui reste se retrouvera stocké dans les os (environ 50 %) et dans le reste de l’organisme, mais bien en dessous des seuils de toxicité1,7–9.

Concernant l’aluminium injecté, on estime qu’au cours de la première année de la vie, un enfant ayant suivi le programme de vaccinations aura reçu au maximum 4,2 mg d’aluminium de la part des vaccins, avec jamais plus de 0,8 mg à la fois1,3,10. Les sels d’aluminium sont insolubles, ce qui signifie qu’ils ne pénètrent le circuit sanguin ou lymphatique que très lentement après l’injection. Pendant longtemps, les taux étaient si faibles qu’on ne pouvait pas détecter d’augmentation de la concentration d’aluminium dans le sang ou dans le cerveau après un vaccin. Des expériences avec du matériel plus sophistiqué rapportent une augmentation inférieure à 1 % dans le sang et inférieure à 0,005 % dans le cerveau, juste après l’injection11,12.

Toutefois, des travaux publiés en 2017 et 2018 ont mis en évidence que ces mesures souffraient de biais méthodologiques et conceptuelles, rendant nécessaires de nouvelles études13,14. À la suite de ces travaux, une étude animale publiée en septembre 2019 a récemment confirmé la quantité négligeable qui peut atteindre le cerveau dans le cas de vaccinations adultes chez l’humain15. Cependant, les auteurs concluent bien qu'il faut attendre d'autres modèles plus précis qui prennent en compte les changements physiologiques pour pouvoir extrapoler chez les bébés (telles que l'immaturité de la barrière rénale et hématoencéphalique). Il est donc vrai que la recherche a récemment repris pour obtenir des mesures plus précises concernant la quantité d’aluminium provenant des vaccins qui est assimilée par l’organisme, et pour s’assurer de son innocuité ou de révéler une éventuelle toxicité.

Aluminium et Maladie d’Alzheimer ?

Concernant un lien entre aluminium et maladie d’Alzheimer, cette inquiétude a été ravivée récemment par une étude ayant trouvé que l’injection d’aluminium provoque chez le rat des lésions cérébrales similaires à celles observées dans la maladie d’Alzheimer16. Cependant, les doses utilisées dans cette étude sont beaucoup plus grandes que celles auxquelles les gens normaux sont exposés3 et ne permettent donc pas de conclure quant à un quelconque danger de la quantité d’aluminium présente dans les vaccins.

L’inquiétude provient aussi du fait que la littérature scientifique concernant les effets d’une exposition chronique à l’aluminium (par l’eau potable ou une profession à risques) reste encore aujourd’hui assez contradictoire. En effet, d’un côté, plusieurs études rapportent une corrélation claire entre la quantité d’aluminium ingérée quotidiennement dans l’eau potable et le risque de développer la maladie d’Alzheimer17–22. D’un autre côté, on sait que corrélation n’est pas causalité (peut-être que les endroits exposant les gens à une forte concentration d’aluminium possèdent aussi des caractéristiques qui favorisent le développement de la maladie), et surtout ces derniers travaux semblent présenter quelques failles méthodologiques3. De plus, d’autres travaux similaires n’ont pas confirmé ce lien23,24. Enfin, plusieurs études physiologiques particulièrement rigoureuses n’ont trouvé aucun lien entre les concentrations d’aluminium dans le cerveau et le développement de la maladie d’Alzheimer25–28.

Pour finir, aucune étude, à ma connaissance, n’a trouvé de corrélation entre l’histoire vaccinale avec des vaccins contenant de l’aluminium et le développement de la maladie d’Alzheimer. Notons enfin que l’aluminium est utilisé comme adjuvant depuis 1926, soit près de 20 ans après la première description de la maladie d’Alzheimer.

Syndrome auto-immunitaire/inflammatoire induit par les adjuvants

Ce syndrome regroupe plusieurs maladies dont les symptômes sont proches (la siliconose, le syndrome de la guerre du Golfe, la myofasciite à macrophages et les réactions post-vaccinales) et dont la cause pourrait être un adjuvant provenant d’agents infectieux, d’implants en silicone ou de sels d’aluminium tels que ceux présents notamment dans les vaccins de l’hépatite B et du papillomavirus29,30. Plus de 4000 cas ont été rapportés dans le monde entre 2011 et 201631.

Ces données assez anecdotiques, ne provenant que d’un seul centre de recherche et étant encore mal définies, ne permettent toutefois pas d’identifier l’aluminium des vaccins comme la cause de ce syndrome3,32–35. De plus, d’autres études ne vont pas dans le sens de cette hypothèse. Par exemple, une étude danoise ayant suivi plus de 400 000 personnes pendant 10 ans a montré que l’incidence de maladies auto-immunes est plus faible chez des patients souffrant de rhinite allergique lorsqu’elles sont traitées avec une immunothérapie contenant de l’aluminium que lorsqu’elles sont traitées avec des sprays nasaux ou des antihistaminiques36. De plus, un article récent sur le sujet souligne qu’un tel traitement implique l’injection de 65 mg d’aluminium sur trois ans, ce qui correspond à environ cent fois la dose contenue dans les vaccins de l’hépatite B ou du papillomavirus33 (et plus de 10 fois la dose contenue dans tous les vaccins du calendrier vaccinal).

Myofasciite à macrophages

Concernant la myofasciite à macrophages, il s’agit de lésions musculaires infiltrées par des macrophages contenant de l’aluminium à l’endroit qui a été piqué lors du vaccin37. Les symptômes liés à ces lésions sont notamment des douleurs musculaires et une fatigue chronique38,39. Il s’agit d’une pathologie très rare et diagnostiquée principalement chez les adultes plusieurs mois ou années après la vaccination. Quelques cas ont toutefois été rapportés chez des enfants40–44. Étant donné que les sels d’aluminium présents dans ces macrophages sont ceux provenant des vaccins, et que l’on sait que ces sels peuvent provoquer des lésions musculaires similaires chez les animaux45, l’aluminium provenant des vaccins a vite été considéré comme un des principaux responsables38,46,47.

Alors, pour expliquer pourquoi des milliards de doses de vaccins n’ont pratiquement jamais provoqué ces symptômes, les chercheurs ont supposé l’existence de certaines prédispositions génétiques rares qui pourraient jouer un rôle. Et effectivement, certains facteurs génétiques semblent être associés à un risque plus élevé de développer ces lésions48–51. Malgré ces découvertes intéressantes, le lien entre myofasciite à macrophages et vaccination n’est pas encore totalement démontré. En effet, un cas de myofasciite à macrophages chez une femme non vaccinée a été décrit, suggérant que d’autres facteurs peuvent jouer un rôle dans l’apparition de ces lésions52.

Ainsi, concernant un éventuel lien entre l’aluminium et la myofasciite à macrophages, la recherche est en cours pour conclure sur le rôle de l’aluminium provenant des vaccins uniquement. Il s’agit là d’une pathologie très rare ne touchant vraisemblablement que des individus particulièrement prédisposés, et d’autres facteurs semblent être impliqués. En attendant, considérant les milliards de doses injectées sans conséquences et les avantages énormes que les vaccins représentent pour prévenir les épidémies de maladies infectieuses, l’aluminium reste encore aujourd’hui le meilleur moyen d’assurer l’efficacité des vaccins3.

Aluminium et autisme ?

Concernant les liens entre l’aluminium et l’autisme, plusieurs études, provenant toutes des mêmes équipes, parfois financées par une fondation critiquant les vaccins dont certains auteurs font partie, ont récemment attisé les inquiétudes. Les deux premières études suggèrent que l’injection sous-cutanée d’aluminium chez la souris active des gènes homologues à ceux liés à l’autisme dans son cerveau et modifie son comportement53,54. Un des articles a été rétracté quelques semaines après sa publication à la demande conjointe de l’éditeur et des auteurs eux-mêmes, car les données présentes dans cet article n’étaient clairement pas fiables55. Quant au deuxième, il s’agit de l’avis même des auteurs d’une étude préliminaire chez la souris, qui ne permet pas de conclure d’un quelconque lien de causalité54. Il s’agissait en effet d’une étude chez la souris avec une quantité et un type d’injection différents de l’injection intramusculaire propre aux vaccins, limitant de fait une possible extrapolation des conclusions chez l’humain.

Deux autres études soulignent des corrélations entre l’exposition aux adjuvants aluminiques et l’augmentation des cas d’autisme aux États-Unis et dans sept autres pays56,57. Ces découvertes ont amené les auteurs à conclure à un possible lien entre les deux. À nouveau, ces études ne sont pas sans poser problème. Tout d’abord, ce n’est pas parce que deux événements se produisent simultanément qu’il y a forcément un lien entre eux58. Mais surtout, ces études souffrent elles aussi de plusieurs erreurs méthodologiques, remarquées notamment par le « Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale », un organe consultatif composé de spécialistes, qui a été créé par l’OMS pour traiter en toute indépendance et avec la rigueur scientifique voulue des problèmes de sécurité vaccinale59. Son rapport mentionne notamment de mauvaises évaluations des cas d’autisme dans les différents pays, ainsi qu’une mauvaise prise en compte des différences dans leurs calendriers vaccinaux.

Malheureusement, ils n’ont pas mis leurs données en accès libre. De plus, comme si cela ne suffisait pas, des études de mauvaise qualité se multiplient rendant le débat toujours plus confus. Ces dernières années, trois autres études préliminaires, deux chez la souris60,61 et une chez le mouton62, ont été publiées rapportant des effets néfastes de l’injection intramusculaire d’adjuvants aluminiques. Elles ont elles aussi été critiquées relativement (1) aux doses d’aluminium injectées bien plus élevées que ce qui est donné aux humains (pour les trois études) ; (2) à divers biais méthodologiques et (3) à des conflits d’intérêts non déclarés63–65. L’étude sur les moutons a par ailleurs été rétractée66 par la revue pour des raisons controversées65, avant d’être republiée ailleurs.

Une autre étude récente, qui a fait parler d’elle, rapporte des taux d’aluminium anormalement élevés dans des cerveaux provenant de cinq donneurs autistes67. Toutefois, cette étude ne rapportant aucune information sur les patients, elle ne permet pas de conclure sur l’origine de cet aluminium (Vaccins ? Aliments ? Environnement de travail ? Pollution de l’air ou de l’eau ? …). De plus, n’ayant pas inclus de groupe témoin avec des habitudes de vie similaires, elle ne permet pas non plus de savoir si l’aluminium peut avoir en partie causé les symptômes autistiques développés chez ces personnes. Enfin, l’étude a aussi été critiquée sur sa méthode d’analyse68.

L’inquiétude repose aujourd’hui (1) sur certaines incertitudes concernant les barrières hématoencéphaliques et rénales qui sont encore immatures chez les bébés ; (2) sur le transport possible,  dans le cerveau69,70, d’aluminium particulaire susceptible de provoquer des inflammations suspectées d’aggraver les symptômes autistiques71 et (3) le fait qu’il n’y ait encore eu aucun essai clinique rigoureux ni d’étude épidémiologique de grande ampleur mesurant explicitement la relation entre l’exposition aux adjuvants aluminiques et les risques de développer des troubles autistiques.

(Voir aussi la page complète vaccins et autisme)

Alors doit-on s’inquiéter malgré tout ?

L’administration d’aluminium liée aux vaccins n’a encore jamais été mise en cause dans quelque maladie que ce soit. La neurotoxicité de l’aluminium a initialement été découverte chez des ouvriers qui le manipulaient sans protection et dans des cas d’insuffisance rénale sévère72. Les études comparant les taux de métaux toxiques chez des individus autistes avec ceux d’individus non autistes sont en fait relativement nombreuses. En 2014, une revue de littérature scientifique montre que plus des deux tiers de ces travaux rapportent en fait des taux similaires73. Lorsque ce n’est pas le cas, l’origine de l’aluminium n’est jamais claire (Vaccins ? Aliments ? Environnement de travail ? Pollution de l’air ou de l’eau ?). On peut rappeler l’adage : « Assurons-nous bien du fait avant - de nous inquiéter de la cause ».

On peut mentionner aussi cette étude récente, réalisée en 2018, sur 85 bébés âgés entre neuf et 13 mois qui n’a trouvé aucune corrélation entre l’histoire vaccinale, le taux d’aluminium dans l’organisme et le développement cognitif6. Cette étude reste bien sûr très préliminaire, notamment à cause du fait que les cas d’autisme sont rares et ne sont diagnostiqués de manière fiable souvent qu’entre deux et quatre ans. D’autres études sur une plus grande tranche d’âge et un plus grand échantillon restent donc encore nécessaires pour confirmer ces premiers résultats.

Le système de pharmacovigilance des vaccins est très efficace et a par ailleurs mis en lumière certains effets indésirables des vaccins pourtant très difficiles à détecter (comme le syndrome Guillain-Barré ou la sclérose en plaques qui ne concernent pourtant qu’une extrême minorité d’individus particulièrement prédisposés). Si l’aluminium avait des effets nocifs clairement visibles, ceux-ci ne toucheraient qu’une extrême minorité de personnes. Un article souligne d’ailleurs que la base de données Vaccine Safety Datalink aurait aujourd’hui assez de données pour étudier des effets même minimes de l’aluminium sur la santé10. On peut supposer que s’il s’y trouvait quelque chose, les groupes antivaccins en auraient fait la promotion.

Enfin, deux revues de littérature Cochrane, connues pour suivre une démarche scientifique rigoureuse, sont actuellement en train de faire le point sur les divers essais cliniques, parfois difficilement disponibles, réalisés par les agences médicales sur ce sujet74,75. Ces revues devraient permettre de dresser un état des lieux fiable et éventuellement de lancer un appel clair pour des études sérieuses sur le sujet. En attendant, les adjuvants aluminiques restent actuellement les adjuvants les plus efficaces76, mais d’autres adjuvants aussi efficaces et qui ne contiennent pas d’aluminium sont en cours de développement, ce qui pourrait rendre ces inquiétudes caduques dans les prochaines années77.

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Date de dernière mise à jour : 28/10/2020