Qui suis-je et en quoi consiste ce site

Je suis universitaire et j'ai deux enfants. Ayant la chance d'avoir accès aux publications scientifiques, j'ai pris l'habitude de rechercher les données disponibles à la source, en contrôlant les conflits d'intérêts pour avoir les informations les plus indépendantes et les plus fiables possibles concernant mes questions de parents.

Je partage sur ce site le résumé de mes recherches. Vous n’y trouverez ni opinions personnelles, ni conseils. Chaque enfant, chaque parent et chaque situation familiale est unique, et ce qui marche pour l'un ne marchera pas forcément pour un autre. Les informations présentes sur ce site espèrent juste vous aider à prendre des décisions informées. Chaque article est rigoureusement référencé de manière à vous indiquer où aller pour vérifier une information à la source ou creuser le sujet un peu plus.

Les illustrations ont été généreusement réalisées par la talentueuse Marion Montaigne, auteure entre autres du blog tumourrasmoinsbete.

Evidemment, je ne suis pas à l'abris de passer à côté d'articles importants. Si c'est le cas, merci de me le signaler pour m'aider à améliorer le site et à le garder à jour le plus longtemps possible.

Un peu de méthodologie ou comment je m’y prends pour alimenter ce site

On a tous des biais cognitifs auxquels il faut faire attention. Plusieurs biais me semblent particulièrement présents dans le cas de la parentalité :

  • L’effet Dunning-Kruger. C’est notre tendance à suréstimer nos connaissances et nos compétences. Surtout dans le domaine de la parentalité si la majorité des parents pensent être meilleure que la moyenne, on sait que c’est mathématiquement impossible. Il peut donc être intéressant de se forcer à rester modeste et indulgent avec soi-même et avec les autres parents.
  • Le biais de confirmation. C’est le biais qui consiste à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues et/ou à accorder moins de poids aux informations qui ne vont pas dans le sens de nos idées. Il faut donc rester vigilant lorsqu’on considère les différents articles scientifiques et de se forcer à être aussi neutre et objectif que possible. 
  • Confondre corrélation et causalité. Ce n’est pas parce que deux évènements se produisent au même moment que l’un est forcément la cause de l’autre. Par exemple, ce n’est pas parce que l’enfant fait ses premiers pas après s’être fait vacciner que cela signifie que les vaccins ont facilité son développement moteur. De la même manière, ce n’est pas parce que les premiers signes de l’autisme apparaissent pendant la période où l’enfant reçoit la plupart de ses vaccins que cela signifie que les vaccins ont causé la maladie. Cela étant dit, une corrélation peut quand même être utile car elle peut parfois indiquer une causalité possible et encourager la formulation d’hypothèses qui pourront être ensuite validées ou réfutées expérimentalement.
  • Généraliser des anecdotes ou des expériences personnelles. Les anecdotes personnelles ont souvent des effets captivants sur l’auditoire. Malheureusement, ce sont en général des sources assez peu fiables. Elles peuvent être facilement enjolivées ou modifiées, et ce n’est pas parce que quelque chose vous concerne que cela concernera aussi les autres. De même, ce n’est pas parce que quelque chose ne vous concerne pas que cela n’est pas pertinent pour les autres.
  • Biais de prestige et argument d'autorité. On a tendance à  accorder plus d'attention et plus de poids aux informations provenant de personnes charismatiques ou possédant un statut important. Or elles peuvent se tromper.


Pour pallier à cela, les connaissances les plus fiables dont on dispose aujourd’hui sur les questions de santé et d’éducation ont été obtenues grâce à la méthode scientifique. Mais pour faire de la bonne science, il faut beaucoup d’expériences, d’études, de temps et de chercheurs. Les découvertes issues des différentes études sont publiées dans des revues scientifiques. C’est principalement comme ça que la connaissance progresse aujourd’hui. Une fois une étude publiée, elle pourra être vérifiée par les autres chercheurs qui pourront ensuite poursuivre leurs travaux sur cette nouvelle base.

Ce qui différence une revue scientifique d’un autre type de revue, c’est le processus de relecture par les pairs. En bref, une fois que le chercheur envoie son article, si l’éditeur de la revue le trouve potentiellement intéressant pour ses lecteurs, cet éditeur le fera suivre à plusieurs experts (en général 3). Ces chercheurs vont alors relire l’article, vérifier le cadre théorique l’ayant inspiré (notamment si le travail prend bien en compte la littérature scientifique déjà existante sur le sujet), la qualité de la méthodologie utilisée (notamment si elle peut être répliquée et si elle permet bien de répondre à la question posée), les analyses statistiques utilisées (notamment pour s’assurer que les résultats ne sont probablement pas dus au simple hasard), et enfin que l’interprétation des données obtenues est raisonnable.

Les relecteurs sont des chercheurs qui font ce travail bénévolement mais très sérieusement car ils savent bien que c’est toute la légitimité de leur champ de recherche qui repose sur ces relectures. Tout est fait anonymement pour être certain que l’objectivité de la relecture ne soit pas biaisée par les relations qu’entretiennent les chercheurs entre eux. S’ils ne le rejettent pas, les relecteurs peuvent demander des précisions, plus de données, d’autres types d’analyses ou de considérer des explications alternatives pour les résultats obtenus. Si tout va bien, après plusieurs aller-retour avec l’auteur et l’éditeur, l’article finit par être accepté pour publication. En cas de désaccord entre les relecteurs eux-mêmes, l’éditeur peut trancher ou bien demander son avis à un autre spécialiste du domaine.

Ce processus de relecture est un filtre pour s’assurer de la qualité des études qui sont publiées. Les études biaisées ou peu sérieuses, si elles passent la barrière de l’éditeur ne passeront que très difficilement celle de la relecture. Alors si vous recherchez des informations scientifiques à la source pour vos questions de parents, assurez-vous que l’article que vous lisez ait bien été publié dans des revues à comité de lecture. Tout cela étant dit, il reste plusieurs critères à prendre en compte pour mesurer à quel point une information scientifique est fiable:

  • Une étude unique n’a souvent que peu de valeur.

Même malgré le processus de relecture, une étude publiée peut contenir des erreurs, utiliser des méthodes biaisées, ou mal interpréter ses résultats. Il est donc important de considérer plusieurs études abordant des questions similaires de différentes façons avant d’être trop confiant. Si par exemple, il n’existe qu’une ou deux études sur un sujet il y a fort à parier que le consensus scientifique sur ce sujet est encore assez faible.

Mais même lorsqu’il y a consensus, il faut garder à l’esprit que la science est un processus dynamique et probabiliste. Il est donc toujours possible d’affuter des résultats ou de revoir des théories. Ce qu’on appelle consensus scientifique à un instant donné se traduit par ce qui semble être le plus probable compte tenue des informations dont on dispose à cet instant.  

  • Certaines études sont beaucoup plus fiables que d’autres

Avec internet, taper quelques mots clés sur PubMed ou GoogleScholar vous donnera accès aux résumés de millions d’articles scientifiques (voir même parfois l’article complet – mais la plupart du temps ils sont payant à moins d’être affilié à un institut de recherche). Comment choisir quels articles donneront les informations les plus fiables?  On peut prendre en compte plusieurs critères :

  • Sur combien de sujets a porté l’étude (10, 100, 10000 ?). En général, plus il y en, et plus les résultats de l’étude sont robustes et généralisables
  • Est-ce que les résultats sont rapportés en valeur absolue (c’est-à-dire combien de personnes sont affectées par le phénomène étudié) ou en valeur relative (une comparaison entre deux valeurs absolues)? Ce point est particulièrement important lorsqu’on est confronté à des affirmations spectaculaires. Par exemple, « tel produit double les risques de développer telle maladie ». Autrement dit, on aurait ici 2 fois plus de chances de développer la maladie. Il s’agit là d’une valeur relative. Avant de paniquer il est important d’avoir accès à la valeur absolue (qui n’est malheureusement pas toujours fournie). En effet, dans cet exemple, si le risque de développer la maladie est d’un sur 1 million, le produit en question fera passer le risque de développer la maladie à 2 chances sur un million. Ce qui est déjà moins alarmant. 
  • Garder son esprit critique face à un article. De grosses erreurs sont toujours possibles. Il est important de toujours se demander quels pourrait être les autres facteurs pouvant expliquer le résultat; et de vérifier si les auteurs ont bien pris en compte ces facteurs dans leur design expérimental ou dans leur analyse statistique.

 

  • De quel type d’étude s’agit-il ? Chaque type a ses avantages et ses inconvénients.
    • Les revues de littérature

Très pratiques, ces articles se proposent de résumer toutes les études publiées sur un sujet ou une question spécifique. Les revues de littérature permettent donc d’avoir une bonne idée des points de consensus, des controverses et des perspectives de futures recherches au moment de leur publication.
Il faut quand même rester vigilant à qui sont les auteurs de l’article et les conflits d’intérêt potentiellement en jeu. Par exemple, une revue de revues de littérature concernant les liens entre boissons gazeuses et obésité soulignait que les revues de littérature réalisées par des chercheurs en conflit d’intérêt avaient 5 fois plus de chances de conclure à une absence de lien entre les deux que celles réalisées par des chercheurs indépendants1.

  • Les méta-analyses

Ces articles regroupent les données quantitatives existantes sur un sujet, et réalise une analyse statistique sur l’ensemble de ces données. En augmentant ainsi le nombre de cas, la conclusion est généralement plus fiable que celle de chaque article pris à part. Toutefois, il faut quand même rester vigilant ici aussi. D’une part les revues scientifiques ont souvent tendance à publier des expériences ayant obtenu un résultat positif que des expériences ayant obtenu un résultat négatif (biais de publication), ce qui peut amener à surestimer l’ampleur d’un phénomène. D’autres part la qualité de la méta-analyse dépend directement du nombre d’études existantes et prises en compte (une méta-analyse analysant 10 études n’a pas la même fiabilité qu’une autre en analysant 200).

  • Les essais randomisés contrôlés

Un essai randomisé contrôlé est le test qui fait référence en science, notamment en médecine pour établir la validité d’un traitement. Le chercheur commence par sélectionner un échantillon représentatif de sa population et le répartit ensuite aléatoirement parmi un groupe recevant le traitement qui nous intéresse et un autre groupe recevant un placebo. Le point important ici est que les groupes sont sélectionnés au hasard. On s’assure ainsi que les personnes recevant le 1er traitement sont similaires à celles recevant l’autre traitement. Si le 1er groupe a une meilleure performance, on peut conclure que le traitement fonctionne.
Toutefois, ce type de test n’est pas toujours possible pour des raisons éthiques (imaginer une expérience où l’on demanderait à un groupe de femmes enceintes choisies au hasard de fumer 10 cigarettes par jour et à un autre de s’abstenir et comparer ensuite la santé de leurs bébés). Le même souci éthique s’applique pour étudier les effets du café, du tabac, ou encore de la fessée… Lorsqu’on ne peut pas faire d’essais randomisés, on a souvent recours à des études observationnelles.

  • Les études observationnelles

Certaines études dites prospectives ou longitudinales suivent un groupe sur une période de temps, par exemple des non-fumeurs qui se mettraient à fumer, et regarderaient ensuite l’impact de ce changement sur leur santé. D’autre études dites rétrospectives demandent aux sujet ce dont ils se souviennent, par exemple s’ils recevaient des fessées ou pas. Des études dites de cohorte vont comparer directement les groupes, par exemples des fumeurs et des non-fumeurs. Enfin les études de cas offrent des informations sur l’existence de certains phénomènes ou maladies et des suggestions de causes possibles. Elles offrent en général les réponses les moins fiables sur les questions en lien avec la parentalité.
Les études observationnelles ont pour point commun de ne montrer que des corrélations. Elles doivent donc toutes contrôler statistiquement l’impact que pourrait avoir les autres facteurs différenciant les groupes. C’est très important car par exemple des parents qui fument (ou qui boivent, ou qui donnent la fessée à leurs enfants etc…) ont tendance à être différents des autres parents sur de nombreux autres aspects qui pourraient tout aussi bien expliquer les différences de santé de leurs bébés (statut socio-économique, tempérament, niveau d'éducation etc...). Malheureusement, il est souvent impossible de contrôler tous les facteurs confondants. C’est pourquoi la fiabilité des résultats peut grandement varier d’une étude à l’autre, selon la taille de l’échantillon et le nombre de facteurs considérés.

  • Les études sur les animaux ou les cultures cellulaires

Beaucoup d’expériences importantes sont réalisées sur des animaux ou des cultures cellulaires avant d’être poursuivies sur les humains. Elles sont importantes pour comprendre certains mécanismes mais il faut être prudent avant de généraliser leurs résultats. Par exemple, si un produit a un effet sur une culture cellulaire ou sur des souris de laboratoire, il n’est pas dit qu’il ait le même effet sur un être humain. Il faut donc faire attention à ne pas généraliser les résultats de ce type d’étude aux humains trop rapidement.

  • Le type de population étudié est important

Pour les questions de santé et d’éducation, il peut être important de regarder surtout celles concernant sa propre culture. Par exemple, la prévalence de certaines maladies ou l’efficacité de certains traitements peut varier grandement entre des pays développés et des pays sans accès à de l’eau potable.

  • Toutes les revues scientifiques ne se valent pas

Certaines revues sont moins sérieuses que d’autres dans la vérification et la relecture des articles soumis. En effet, plusieurs sociétés privées ont fondé en quelques années des milliers de revues. Elles ont constitué des comités éditoriaux en inondant de spam des milliers de chercheurs à travers le monde mais n'ont souvent aucune qualité scientifique.
Si vous n’êtes pas sûr de la qualité du journal dans lequel l’étude qui vous intéresse a été publiée, des listes noires sont disponibles sur internet
https://beallslist.weebly.com/. Ces revues se font régulièrement épinglées lorsqu’elles publient des canulars2 ou bien des articles particulièrement biaisés3.

  • Il ne faut pas se fier à tout ce qu’on lit sur internet

Il est difficile de donner des critères fiables ici mais en général il vaut mieux éviter les sites qui cherchent à nous vendre quelque chose, ceux qui ne citent pas leurs sources, ou ceux qui ne citent pas d’articles provenant de revues à comité de lecture. Il est ensuite important de comparer plusieurs sites pour vérifier les points de consensus et les points de controverses

  • Le risque zéro n’existe pas, et la science disponible est probabiliste

Tout comporte un risque. Nourrir son bébé est risqué par exemple. Il peut s’étouffer, être allergique ou victime d’intoxication alimentaire mais on sait que les bénéfices compensent largement ces risques. Notre responsabilité parentale c’est de faire de notre mieux pour minimiser les risques dans notre vie de tous les jours.
Il est donc important de s’informer auprès des sources les plus fiables possibles tout en gardant en tête que chaque parent, enfant et situation familiale est unique. Les études scientifiques sont probabilistes c’est-à-dire qu’elles considèrent en général le résultat global pour le groupe de sujets étudiés. Il est donc possible qu’un traitement qui est efficace en général pour apaiser les bébés ne soit pas du tout efficace pour le vôtre. Par exemple, si une mère doit arrêter de prendre un médicament pour allaiter son bébé, il est possible que les bienfaits de l’allaitement ne compensent pas le risque encouru par la mère. Il faut donc toujours veiller à considérer sa situation personnelle et bien peser le pour et le contre avant de suivre les recommandations pour votre bébé peu importe d’où elles proviennent.

-------------------------------

Pour pallier à tous ces aspects, j’essaie pour ce site de m’appuyer dans la mesure du possible sur les revues de littérature et les méta-analyses indépendantes les plus récentes possibles. Certains sites anglophones me facilitent aussi beaucoup la tâche pour défricher un sujet comme l’excellent parentingscience.com de Gwen Dwar, le très bon podcast "Your parenting mojo" de Jen Lumanlan; ainsi que certains livres notamment « Expecting better » (Emily Oyster), « The Science of mom » d’Alice Callahan et « The informed parent » d’Emily Willingham et Tara Haelle. Enfin, je compte aussi sur vous pour me signaler des études importantes ou des erreurs qui m’auraient échappé.

Références

1          Bes-Rastrollo, Maira, Schulze, Matthias B., Ruiz-Canela, Miguel and Martinez-Gonzalez, Miguel A. (2013) ‘Financial Conflicts of Interest and Reporting Bias Regarding the Association between Sugar-Sweetened Beverages and Weight Gain: A Systematic Review of Systematic Reviews’. PLOS Medicine, 10(12), p. e1001578.

2          Bohannon, John (2013) ‘Who’s Afraid of Peer Review?’ Science, 342(6154), pp. 60–65.

3          Raptor, The Original Skeptical (2017) ‘Another anti-vaccine article – bad journal, bad data’. Skeptical Raptor. [online] Available from: https://www.skepticalraptor.com/skepticalraptorblog.php/another-anti-vaccine-article-bad-journal-bad-data/ (Accessed 26 November 2018)nd Brain Sciences, 27(4), pp. 462–463.

Date de dernière mise à jour : 01/05/2019